4 Mars – Touristes
En plus d’une très grande diversité géographique, culturelle et culinaire, la Thaïlande offre une richesse ethnologique unique qui en fait un terrain d’étude idéal pour les anthropologues du monde entier. Je vous ai déjà parlé de certaines ethnies montagnardes du nord, il existe les thaïs des plaines centrales, mais aussi les habitants des provinces nord-est qui sont en majorité Laos ou Khmers, ceux de l’extrême sud à dominante malais, etc. Ce court séjour sur Koh Lanta nous aura permis de découvrir une autre variété avec laquelle nous avons cohabité pendant quelques jours et pu ainsi observer à loisir : l’Homo Touristicus !!
S’il peut, aux premiers abords, ressembler à son lointain cousin l’homo erectus ou même l’homo quadripedus, espèces qui se rencontrent essentiellement à Pattaya (rappelez-vous), une observation attentive permet très rapidement de constater qu’il s’agit ici d’une variété totalement différente. N’ayant aucune compétence en matière de sociologie ou d’anthropologie, je me contenterai ici de rapporter mes observations personnelles d’un petit groupe qui semble être un échantillonnage suffisamment représentatif de cette ethnie.
J’ai cru comprendre qu’il s’agit d’une famille de 6 personnes : Alexandre-Benoît, le père, Berthe, la mère, accompagnés des parents de l’un d’eux (je n’ai pas réussi à identifier duquel) et de 2 enfants ayant à peu près l’âge de mes filles. Les quelques bribes de conversation qui sont parvenues jusqu’à mes oreilles me laissent penser qu’il s’agit de leurs premières vacances hors d’Europe, et même hors de France, je serais même tenté de dire hors de Plougniac-sur-Vioulle, leur commune natale qu’ils ne quittent qu’en de rares occasions, surtout depuis l’ouverture du magasin Carouf. C’est d’ailleurs à l’occasion de la tombola annuelle de ce magasin que cette charmante famille a gagné un séjour tous compris sur Koh Lanta en donnant la bonne réponse aux questions très complexes de culture générale sur leur émission de télévision favorite “Loanna à la ferme”.
Mais revenons à notre échantillon ethnique représentatif, échantillon qui semble être arrivé la veille et qui semble encore un peu … disons perturbé par un environnement qui leur est totalement étranger. Après avoir découvert le bungalow dans lequel ils vont passer les 12 prochaines nuits (il s’agit d’un séjour de 15 jours/12 nuits, ne me demandez pas où sot passées les 3 nuits qui manquent !!), ils se sont installés à la table du restaurant dont ils essaient de déchiffrer le menu.
PAPA, ILS ONT DU PAIN !! murmure l’un des enfants, tout fier d’avoir réussi à lire le mot “bread” sur la carte. Le niveau sonore du murmure de la progéniture étant nettement plus élevé que le bruit ambiant, le serveur a cru qu’on l’appelait et se tient à côté de la table, carnet à la main, prêt à noter la commande. Le père, pleinement conscient de ses responsabilités de chef de famille, décide de passer la commande et essaie de faire comprendre qu’il voudrait un sandwich jambon-fromage pour tout le monde, sauf pour Berthe qui fait un régime sans fromage et qui préfère un jambon-salami, ceci en imitant le cri de la baguette de pain fraîchement cuite du petit matin.
Devant le serveur, perplexe, qui leur montre la page des Hamburgers et leur offre ainsi la possibilité de découvrir des saveurs nouvelles, ils préfèrent rester prudents dans leurs expériences inédites et se rabattre sur une denrée un peu plus familière : le riz !! Mais sans sauce pour Berthe qui est au régime. Allez : une petite soupe en entrée, après riz et poisson grillé (sauf pour Berthe qui préfère du poulet), le dessert on verra plus tard. Et là, catastrophe !! Le serveur amène le riz avant la soupe, ce qui provoque une soudaine agitation autour de la table de notre échantillon représentatif. “Il a dû se tromper”; avance le père, qui se veut rassurant, pendant que Berthe essaie de faire comprendre au malheureux serveur qu’elle voudrait la “soupe for en transe”. Pas contrariant, ce dernier répond par un grand sourire avant de leur servir le poisson (et le poulet pour Berthe). Je passe les détails du mouvement de panique résultant du dérèglement fondamental des habitudes alimentaires de notre échantillon représentatif, mais je vous rassure : la soupe a tout de même fini par leur être servie… en même temps que le dessert qu’ils avaient ensuite commandé en ayant par erreur compris qu’il n’y avait plus de soupe.
Mais tout ça c’est passé hier et après les avoir revu aujourd’hui, je suis rassuré quant à leur capacité d’adaptation à leur nouvel environnement. En effet, ils ont maintenant adopté leur tenue “vacance” sous la forme d’un short en nylon baillant et court (très court et très baillant !!) avec chapeau en tissu “Ricard” pour Alexandre-Benoît et de tenues issues du même magasin Carouf pour le reste de la famille. Les sparadraps et autres pansements témoignent du premier bain de mer et de la première rencontre avec LE rocher (il n’y en a qu’un seul dans le coin) et la palette de couleurs affichée par les visages révèle l’attirance irrésistible de l’homo touristicus pour les endroits les plus exposés au soleil. Ils sont maintenant rompus aux habitudes alimentaires locales et ont définitivement adopté l’usage de la soupe qui se mange avec le dessert. L’étape suivante consistera certainement à essayer l’une des nombreuses “sorties dans le monde du dehors” proposées par l’hôtel, par exemple au temple voisin ou au musée du Tsunami (Berthe a demandé si elle pouvait voir l’endroit où TF1 a tourné Fort Boyaux, mais elle n’a pas réussi à se faire comprendre de la dame du bureau de tourisme). Mais tout ça se fera progressivement et bien évidemment dans l’environnement sécurisé d’un bus.
Bon, j’en reste là, je pense que vous imaginez sans difficultés l’aspect et le comportement de l’échantillon représentatif. Oui, je sais, ce n’est pas bien de se moquer, surtout que j’étais pareil à leur âge… euh non je serai peut-être pareil quand j’aurai leur âge… ça non plus… Bon, ben ce n’est pas bien de se moquer, même si je n’étais/ne serai jamais comme ça !!
Allez, pour se détendre un peu, voici notre journée de tourisme à nous :
Après avoir lézardé au bord de la piscine pendant que je répondais à mes e-mails (je suis supposé bosser cette semaine !!), nous sommes allés nous balader au marché voisin où des panneaux d’un genre particulier rappellent la catastrophe majeure dont la région a été le théâtre il y a un peu plus de 5 ans. Je constate avec un mélange d’amusement et de curiosité que depuis cet événement, à chaque fois que nous séjournons en bord de mer, j’ai pris pour habitude de repérer systématiquement la voie d’accès la plus courte vers le point le plus élevé.
L’île me rappelle un peu Koh Chang dans le sens où le nombre d’hôtels et par conséquent d’homo touristicus diminue à mesure que l’on va vers le sud. Sur le chemin du retour, nous assistons à un spectacle de singes dressés; la même race qui est utilisée pour aller cueillir les noix de coco au sommet des arbres. Ils peuvent cueillir jusqu’à 300 noix par jour et travaillent généralement lorsqu’ils sont âgés de 2 à 5 ans.
Un peu à l’instar des éléphants qui ont quitté l’exploitation forestière, ces singes ont ici une deuxième carrière dans le secteur du tourisme, comme ici “Diamond” qui, à l’âge de 8 ans, a appris à dénouer une corde et à faire du vélo.







j’ai comme l’impression que tu n’es pas pret de revenir en vacances dans la regon .., je me trompe ?
Si, mais la prochaine fois je prendrai le temps de préparer le séjour/voyage. L’endroit où nous logeons ressemble beaucoup à un truc du genre Palavas les flots et à été choisi par nos amies thaïes en fonction de critères du genre “tous les farangs y vont, ça doit donc être bien !?”.
haaaaaaaaaaaaa j’ai bien rigolé à la lecture de cet article.
et oui pour certains visiter Carrefour en Thailande c’est comme traverser le désert du Ténéré
alain
l’humour est necessaire…
Je pense que cette espèce se rencontre un peu moins dans ton coin, à moins que certains commencent à venir s’égarer à White Sand Beach ?
Les jeunes diraient : “mort de rire !” à la lecture de cet article. Je me suis bien marré en le lisant car on imagine bien la scène. Il y aura toujours de grandes différences entre l’homo touristicus et l’homo Thaïlandicus, hélas, même si les territoires des uns servent aux gagnants de carouf pour les autres.
Je pense que ces personnages à la fois naïfs et involontairement maladroits se retrouvent partout. Je me souviens à Hong Kong, lorsque nous sommes allés visiter un grand parc naturel, mais aménagé “à la Hong Kong”, c’est à dire avec des passerelles bétonnées partout pour que les poussettes puissent passer, certains “ultra-urbains” y allaient (en métro !!) avec une tenue qui faisait plus penser à une expédition dans la jungle amazonienne qu’à la visite d’un parc en ville. Là, je viens de voir débarquer un groupe de ce qui semble être des étudiants Thaïs de Bangkok qui hésitent entre leurs tenues “Siam Square”, la tenue jungle (ben oui, il y a des arbres par ici !!) et le short/T-shirt comme les farangs. Mais je n’aurai pas le temps de décrypter leur phase d’adaptation, nous rentrons aujourd’hui.
Encore bravo pour avoir pris le temps d’écrire cette nouvelle, si drôle que je viens de la relire !…
Merci pour ta réponse. Oui, bien sur, il faut bien garder de se moquer, il y a juste décalage entre ce que la vie nous a permis de vivre, les uns et les autres, et cela crée des situations bien cocasses…Mais, l’humour est si bon..!