Le blog de Thailsacien

La vie quotidienne d'une famille thailsacienne

9 Juillet – Des sous !!

J’ai demandé à Robert (le petit), et il m’a répondu :
Sou : Monnaie de billon, de nickel valant le vingtième de la livre. Vient du bas latin solidus. En langage courant, désigne l’argent en général.

50baths

Ce billet (billet = article de blog) sera consacré à ce qui est – malheureusement – devenu le seul et unique moyen de reconnaissance des humains entre eux, à savoir le contenu de leur portefeuille. Et ce bien évidemment au détriment de l’intelligence, de la créativité, de la sociabilité et d’autres qualités représentatives d’une espèce qui a su évoluer jusqu’à pouvoir quitter sa planète natale mais qui n’a pas encore réussi à maîtriser totalement les réactions primitives de son cerveau reptilien et qui continue à vouloir marquer son territoire en “pissant” le long de ses frontières et en jugeant son prochain uniquement en fonction de la valeur inscrite sur un morceau de papier. Mais je m’éloigne du sujet…

Pour aller droit au but, il s’agit aujourd’hui de l’aspect financier des différents projets que nous menons avec les écoles des minorités ethniques, le dernier en date étant le projet “eau” avec l’école de Ban Huoi Haeng (petit rappel, cliquez ici). Ce qui était à l’origine une simple initiative ponctuelle a pris une ampleur non négligeable et ce sont près de 1 400 000 Bahts que nous avons reçus en un peu plus de 3 ans. C’est volontairement que je n’indique pas ici l’équivalent en Euros, vous comprendrez pourquoi un peu plus loin. En attendant, je vais essayer de répondre à certaines questions légitimes que les donateurs, mais aussi les autres peuvent se poser, surtout en considération des différents scandales et autres affaires de détournement qui entachent régulièrement le milieu des ONG (associations à but humanitaire).

Comment cet argent est-il géré ?
Et bien tout bonnement par moi-même dans un simple tableau Excel où j’inscris les recettes et les dépenses. Il existe des projets majeurs (dortoir, panneaux solaires, salles de classe, etc.) qui sont les éléments porteurs des appels aux dons, mais ceux-ci ne représentent qu’une partie de nos actions et il existe plein de petits projets secondaires annexes, en plus des victuailles que nous apportons à chaque fois que nous rendons visite au village. Les projets majeurs sont gérés et réalisés directement par les intéressés, à savoir les écoles à qui je transfère les fonds directement. Pour les actions ponctuelles annexes, je connais en gros la somme des dons reçus et je complète en conséquence. L’avantage de ce fonctionnement autonome est que je n’ai pas forcément besoin de justificatifs pour un comptable ou une quelconque administration fiscale et je peux donc effectuer des achats un peu n’importe où et, le plus important, en fonction des besoins réels et directement en collaboration avec les destinataires. En effet, tous les bénéficiaires de nos actions ne sont pas en mesure de nous remettre un reçu !! (exemple : les Shans)
Voir ici mes réflexions sur la création d’une association.

Et pour les frais de fonctionnement ?
Il n’existe pas de frais de fonctionnement au sens “comptable” ou  bureaucratique du terme. Lorsque nous nous rendons en montagne, nous le faisons volontairement parce que nous en avons envie, dans le cadre de nos vacances et avec le budget correspondant. Certains attendent avec impatience le moment de pouvoir se prélasser sur une plage (voir ici), personnellement j’éprouve tout autant de satisfaction à participer activement à la concrétisation de projets dans le cadre d’un passionnant échange humain et culturel. Et il va sans dire que nous n’avons jamais utilisé le moindre centime des dons reçus pour nous payer ne serait-ce qu’un plein d’essence pour aller chez les montagnards.

Recettes et dépenses
La majorité de nos recettes, à savoir les dons que nous recevons, nous sont versés en Euros. Toutes nos dépenses, à de rares exception près, sont en Bahts. Entre 2006, l’année où nous avons commencé, et fin 2009, le taux de change était stabilisé aux alentours de 48 Bahts pour 1 Euro, à +/-5 %, et c’est sur cette base que nous basions tous nos budgets. Aujourd’hui, il a chuté à moins de 40 Bahts pour 1 Euro et je crains que ça ne soit pas fini. Un Baht trop fort et un Euro trop faible, rien de tel pour remettre totalement en question un projet tel que le

Projet Eau 2010

Le budget nécessaire pour l’ensemble du matériel et de la main d’oeuvre est de 220 000 Bahts. La soirée organisée au cours de notre voyage en France en mai dernier nous avait permis de récolter près de 4500 Euros et j’avais effectué un virement de 5000 Euros quelques jours plus tard. Il y a 6 mois, ces 5000 Euros auraient “produit” plus de 230 000 Bahts, mais le 20 mai ce sont moins de 200 000 Bahts qui sont arrivés sur le compte de l’école.

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N’ayant pas trouvé le courage d’expliquer aux enfants qu’ils ne pourraient pas encore avoir d’eau cette année pour d’obscures raisons de finance mondiale gérée en dépit de tout bon sens par des gens qui n’y comprennent rien mais qui en détiennent le pouvoir et trouvant totalement absurde d’arrêter la pose des tuyaux à 500 mètres à peine du village, j’ai apporté le complément et devrais bientôt être en mesure de publier les premières photos.

Cette volatilité monétaire a entraîné quelques réflexions, notamment autour de l’idée générale selon laquelle “la technologie est maîtrisée par des gens qui ne la contrôlent pas et contrôlée par des gens qui ne la maîtrisent pas” et je me suis amusé à dresser un parallèle entre ce phénomène et la thèse de biochimie défendue par l’un de mes maîtres à penser, le Docteur Issac Asimov, thèse dont le thème était Les propriétés endochroniques de la thiotimoline resublimée. Il s’agissait en fait d’une thèse totalement fantaisiste rédigée par son auteur dans l’unique but de démontrer l’incompétence des comités de “doyens” chargés de délivrer les doctorats dans divers domaines scientifiques.

Pour faire simple, la thiotimoline est une substance imaginaire qui a la particularité de se dissoudre dans l’eau une fraction de seconde avant d’entrer en contact avec cette eau. La thèse tournait autour de ce qui pourrait se passer si quelqu’un enlevait l’eau juste après la dissolution, mais avant le contact qui provoque ladite dissolution. Vous imaginez aisément les noeuds cérébraux qui en résultent.

Mais quel rapport avec l’argent ?
Et bien c’est tout simple : la volatilité des monnaies qui, à mon sens, est la conséquence directe du plus grand fléau de notre société actuelle : le crédit !!
Nous sommes conditionnés pour vivre à crédit. La majorité de nos achats importants (maison, voiture, etc.) est effectuée à crédit et tout le monde fonctionne ainsi, à tout les niveaux, jusqu’aux états qui, comble de l’absurdité, annoncent joyeusement des budgets prévisionnels déficitaires. En clair, nous consommons des ressources que nous ne possédons pas encore et que nous ne posséderons peut-être jamais. Un peu comme la thiotimoline qui s’est dissoute malgré la disparition de l’eau. Que se passe-t-il si les hypothétiques richesses sur lesquelles se basent ces crédits ne sont jamais produites ? Où sont passés les milliards d’Euros volatilisés dans les “bulles boursières” et autres méandres spéculatives ? Pourquoi une monnaie perd/gagne-t-elle autant de sa valeur par rapport à une autre ?
Ou, plus simplement : pourrait-on manger une pomme alors que l’arbre sur laquelle elle va mûrir  n’est pas encore sorti de terre ?
Il faudrait demander aux experts financiers auto-proclamés et autres “responsables” politiques, vous savez ceux qui passent leurs temps à faire des réunions dont le principal objectif semble être de décider de la date de la prochaine réunion. Je suis sûr qu’ils sauront apporter des explications aussi décourageantes que soporifiques qui ne réussiraient même pas à inspirer un scénario à Tim Burton.

Sans aller jusqu’à l’attitude paranoïaque de l’omniprésence du complot, j’en reviens à ma réflexion première, à savoir “la technologie est maîtrisée par des gens qui ne la contrôlent pas et contrôlée par des gens qui ne la maîtrisent pas“, et j’ai depuis longtemps acquis l’intime conviction que personne n’est capable d’expliquer quoi que ce soit pour la bonne et simple raison qu’il n’y rien d’explicable. Il s’agit d’un monde totalement virtuel où évoluent des gens définitivement déconnecté de la réalité mais qui, pour notre plus grand malheur, influent directement sur la réalité, en clair sur la VRAIE VIE.

Si vous avez tout compris, c’est que je me suis mal exprimé quelque part.
En attendant, nous allons essayer de poursuivre nos VRAIES actions avec un Euro à 40 Bahts et je remercie encore une fois tous nos donateurs pour leur générosité, parce qu’un mètre de tuyau sera toujours un mètre de tuyau, et ça c’est aussi la réalité.

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Vous pouvez faire un don soit par Paypal (voir aussi le bouton en haut à droite de cette page) soit directement par un virement sur mon compte en France :
Crédit Agricole d’Alsace
67670 MOMMENHEIM
Compte 50090976010 41
IBAN FR76 1720 6001 2350 0909 7601 041
BIC (ou SWIFT) AGRIFRPP872

9 juillet 2010 Publié par | Ban Huoi Haeng, Les écoles, Les Shans | 2 Commentaires

   

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