13 Janvier – Éducation asiatique
« …les parents chinois considèrent que leurs enfants leur doivent tout, et que toute leur vie doit être consacrée à rembourser cette dette qu’ils ont envers leurs parents, en leur obéissant et en les rendant fiers… »
Je suis tombé sur cette phrase dans un article de Rue89 et n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec la société thaïlandaise où ce concept de “remboursement de la dette à ses parents” est omniprésent et peut même, dans certaines situations, devenir obsessionnel au point de faire perdre toute dignité à ceux qui l’appliquent à la lettre.
En Thaïlande, cela s’appelle la Gatdanyu (voir ici) et cela inclut notamment le fameux sinsot, ou dote, que verse traditionnellement le futur marié aux parents de la jeune fille qu’il veut épouser. Une coutume qui est souvent mal interprétée par les occidentaux et qui a aussi donné lieu à de nombreux abus par des familles thaïlandaises, mais je ne m’étendrai pas là dessus. En résumé, certains vont jusqu’à considérer leurs enfants comme un simple investissement que l’on abandonne lorsqu’il ne rapporte plus rien.
Il m’est arrivé d’aborder ce sujet avec d’autres parents, thaïlandais, et il est vrai que même ceux qui ont eu la chance de pouvoir suivre une éducation supérieure ou d’étudier à l’étranger tiennent encore ce genre de raisonnement et ont du mal à faire la distinction entre le concept de “face” (la leur) et de bonheur (celui de leur progéniture). La limite entre le devoir légitime et l’asservissement aveugle reste ici très floue, avec toutes les frustrations refoulées que cela implique.
Leur enfant est-il heureux parce qu’il rend ses parents fiers ou est-il heureux parce qu’il accomplit quelque chose qu’il aime vraiment ?
Le slogan “nous n’héritons pas de la planète, nous l’empruntons à nos enfants” qui apparait régulièrement dans des campagnes de sensibilisation au respect de l’environnement est très difficile à intégrer dans une culture asiatique. En simplifiant à l’extrême, personne ne serait choqué ici de laisser à ses enfants une maison à moitié effondrée et remplie d’immondices, en leur faisant comprendre qu’ils peuvent s’estimer heureux que leurs parents leur laissent quelque chose, alors qu’à côté de ça ces mêmes parents auront dépensé une petite fortune pour bâtir un temple ou une statue en l’honneur de leurs propres ancêtres.
Pour ma part, je me vois très mal perdre la face en demandant à mes filles de subvenir à mes besoins une fois que je serai dans l’incapacité d’y subvenir par moi-même, car j’estime que les parents ont un devoir d’exemplarité et que les enfants ne doivent en aucun cas supporter les conséquences de l’irresponsabilité de leurs géniteurs. Le respect est une disposition qui doit se mériter et non pas devenir une contrainte institutionnalisée, ce qui lui fait perdre toute sa valeur.
Dans mon raisonnement d’occidental, je considère aussi qu’il sera beaucoup plus profitable à mes filles de choisir une voie dans laquelle elles se sentiront vraiment bien et où elles pourront pleinement s’épanouir (même si elles veulent être des saltimbanques !!) et, surtout, ELLES NE ME DEVRONT RIEN, car leur existence est le résultat d’une décision prises il y a plusieurs années par deux personnes supposées être adultes.
Cela ne veut bien évidemment pas dire qu’il faut laisser ses parents à l’abandon comme c’est trop souvent le cas dans les sociétés occidentales résolument individualistes où trop de personnes âgées se retrouvent esseulées dans des instituts avec, pour principale activité, l’attente devant un bol de soupe tiède de l’hypothétique visite d’une famille dont le souvenir s’estompe de jour en jour.
À chacun de trouver sa voie du milieu…
Bon, je vais arrêter là ces questions existentielles, je suis sûr que Taeng ne s’en pose pas autant !!







Je vois qu’on a lu le même article de cette femme sino-américaine prof à Yale !?
As-tu lu l’article original en anglais ? L’extrait sur la leçon de piano est vraiment choquant ! Oserais-je dire “pour nous” ?
Habiter à l’étranger nous apprend à faire la part de ce qui est culturel, de nos différences de valeurs, mais de là à considérer que traiter un enfant de pourriture pour lui apprendre à être “+ fort”… pour moi c’est pas une différence culturelle, c’est une profonde ignorance de la psychologie humaine !
Je viens de lire l’article en anglais. C’est vrai que la leçon de piano est disons… éloquente !!
J’en suis à me demander si cette attitude ultra-autoritaire n’est pas le résultat de l’éducation subie par ces parents lorsqu’ils étaient eux-mêmes enfants qu’ils ont été séparés très jeunes de leurs familles pour être éduqués par le parti, ou plutôt formatés dans des “communes”.
je viens du blog de Marie et je rejoins complétement ton point de vue. Nos enfants n’ont pas à supporter le poids de décision qui ont été prises bien avant leur arrivée ici. Je n’ai jamais vécu à l’étranger, je le vis pas procuration à travers vos blogs. Et j’imagine combien cela doit être difficile parfois de vivre entouré d’une culture parfois si différentes de la notre… En particulier dans des cas comme celui là ou la différence est au delà du culturel, et je trouve, relève casi de l’injustice.
L’importance des anciens et des ancêtres se retrouve dans quasiment toutes les cultures en Asie.
Un autre point frappant : l’énorme diversité du vocabulaire pour désigner les ascendants (grand père maternel, grand père parternel, grand’mère maternelle, oncle du côté de la mère, frère du grand père maternelle, etc.), un vrai labyrinthe généalogique, et la pauvreté du vocabulaire pour désigner les descendants (en Thaï, par exemple, le terme neveu ou nièce désigne aussi bien le neveu que le petit fils, et sans distinction du côté paternel ou maternel).
L’essentiel est aussi de savoir trouver l’équilibre, la voie du milieu, en essayant de prendre le meilleur des deux cultures.