27 Mars – Le miracle de l’eau
Imaginez :
Vous vous réveillez le matin, partez faire votre jogging comme à l’accoutumée, revenez en sueur et impatient de prendre une bonne douche, ouvrez le robinet et… rien !
Pas une goutte d’eau ! (oui, je sais, ça sent le vécu !!)
Imaginez :
C’est dimanche, tante Agathe et les cousins ne vont pas tarder, il faut préparer le repas et faire bouillir de l’eau pour le riz, mais gros problème : cela fait plus de 3 mois qu’il n’a pas plu et le puits est à sec !
Imaginez :
Comme tous les soirs, vous vous apprêtez à arroser les quelques légumes qui peinent à sortir de la terre durcie par la canicule. Vous manœuvrez a pompe à bras sans résultat, essayez la citerne de récupération des eaux pluviales, mais en vain : toutes les réserves d’eau sont épuisées !
Imaginez :
La journée de labeur touche à sa fin, l’heure est venue d’emmener les bêtes se désaltérer dans le ruisseau, mais le mince filet qui peine à se frayer un chemin entre les pierres en cette période de sècheresse a été souillé en amont et l’eau et devenue impropre à la consommation, même pour les animaux.
Ces quelques exemples de scénarios, pas si improbables que cela et ayant volontairement lieu dans des environnements différents, pour parler de “l’évènement exceptionnel” que j’évoquais dans mon billet du 22 mars.
Nous étions sur le point de déjeuner à l’école de Ban Huoi Haeng quand une dame du village est venue nous apporter un bouquet de légumes fraîchement cueillis dans son jardin. Quoi de plus banal que de cueillir des légumes dans son jardin me direz-vous ?
Et bien tout dépend du contexte !!
Comme tous les villages Lahu, Ban Huoi Haeng a été bâti au sommet d’une colline au pied de laquelle s’écoule un cours d’eau. C’est volontairement que je ne donne aucun nom précis à ce dernier, puisque sa taille – et ainsi sa dénomination – varie au fil des saisons. De torrent et même parfois rivière abondante pendant la mousson, il devient ruisseau en janvier pour finir mince filet les meilleures années seulement.
Les deux photos ci-dessus ont été prises à peu près du même endroit, mais, vous vous en doutez bien, pas à la même période. Les réserves constituées pendant la saison des pluies arrivent généralement à épuisement dès fin janvier et les villageois, ainsi que les enfants de l’école, sont obligés de descendre jusqu’à ce qui est alors un ruisseau pour se laver. Ce même ruisseau devient alors également la source d’eau pour le bétail dont les déjections le rendent très vite inutilisable.
Il va sans dire que s’il n’y a pas assez d’eau pour la toilette des humains et à peine suffisamment pour la consommation des animaux, il faut oublier toute idée de faire pousser un quelconque végétal dans son jardin !!
Nous avions alors, avec Pimook, développé et réalisé un projet d’alimentation en eau pour tout le village (descriptif au format PDF), projet réalisé avec le soutien du Rotary Club de Brumath Strasbourg – Campagne. Nous avions déjà pu constater son efficacité lors de notre précédente visite en octobre dernier, à la fin de la mousson, et nous étions maintenant impatients de savoir si le débit serait toujours suffisant après plus de 3 mois sans pluie.
Et bien oui !!
Non seulement le débit est encore largement suffisant pour alimenter l’ensemble du village – et par conséquent l’école – mais les habitants de Ban Huoi Haeng peuvent en plus s’offrir le luxe de faire pousser des légumes dans leur jardin en pleine saison sèche. Un évènement exceptionnel puisque c’est la première fois de sa vie (et certainement aussi de celle de ses parents) que cette dame ainsi que les autres familles du village voient quelque chose de comestible sortir de terre en plein mois de mars.
L’eau apporte ainsi à ces populations montagnardes un niveau de confort qui leur était inconnu jusqu’alors et qui va bien au-delà des impératifs hygiéniques de la douche matinale et du brossage des dents.
Cette eau sert aussi depuis peu à alimenter une autre citerne en passant par un filtre qui la rend potable, ce qui permet aux enfants de se désaltérer à volonté et de se brosser les dents dans des conditions totalement nouvelles pour eux.
Là aussi, l’installation a été entièrement conçue et réalisée par Pimook et son équipe et le financement a été assuré en partie par un reste des fonds que nous lui avions confiés pour le projet principal, complété par la participation d’une autre ONG.
Autre amélioration notable : la vaisselle !!
Les photos ci-dessus (avant – après) parlent d’elles-mêmes. Mais rassurez-vous : les poules et les cochons ont toujours droit aux restes ![]()
Cette présence permanente de l’eau constitue également un point de départ pour de nouveaux projets avec l’école de Ban Huoi Haeng qui pourra d’une part s’en servir pour appuyer une demande chère à Pimook, à savoir l’ouverture de 3 nouvelles classes accueillant les élèves jusqu’à l’âge de 15 ans, et d’autre part améliorer encore plus le quotidien alimentaire des enfants en s’essayant à l’élevage de poissons (un bassin a été construit) et en produisant des légumes toutes l’année.
Nous avons présenté à ce sujet à Pimook un modèle de “plantations en terrasse” remarqué lors d’un voyage récent et très facile à mettre en œuvre à moindre coût.
Cette présence de l’eau constitue une véritable révolution dans la région et le village de Ban Huoi Haeng est en train de devenir un exemple pour d’autres communautés montagnardes qui rencontrent les mêmes problèmes de pénurie saisonnière.
Un nouveau projet est d’ores et déjà à l’étude avec un village de réfugiés de l’autre côté de la frontière, projet qui devrait même être moins coûteux que celui de Banh Huoi Haeng puisqu’il faudra 3 fois moins de tuyaux. Pimook et son équipe sont ravis de servir de conseillers aux Shans et ce “miracle de l’eau” est ainsi en train de devenir un véritable trait d’union entre les communautés montagnardes pour qui le mot solidarité a encore tout son sens.
Je vous présenterai ce projet dès que j’aurai reçu les documents nécessaires, en attendant mon prochain billet sera consacré à un autre sujet lui aussi en rapport avec nos actions : le “droit de passage” aux points de contrôle des militaires.






