3 Avril – Arrêt obligatoire
J’y faisais allusion dans certains de mes billets précédents, ils sont omniprésents sur les routes que nous empruntons pour rendre visite aux montagnards et se reconnaissent généralement par leur couleur majoritairement kaki assortie d’une barrière rouge et blanche en travers de la route, je veux bien évidemment parler des points de contrôle de l’armée thaïlandaise.
La province de Mae Hong Son où nous intervenons s’étend le long de la frontière entre la Thaïlande et l’un des pays les plus fermés de la planète : la Birmanie (ou Myanmar, comme l’appelle la junte militaire au pouvoir).
Cette frontière est plus ou moins bien matérialisée par des cours d’eau et des crêtes de montagnes, souvent au milieu d’une jungle épaisse, ce qui la rend difficilement contrôlable. Elle représente pour de nombreuses populations opprimées l’objectif à atteindre – et à franchir – pour trouver un semblant de liberté et son tracé est parsemé de villages de réfugiés, certains accueillant plusieurs milliers d’habitants. Mais elle est aussi depuis de nombreuses décennies le théâtre de trafics en tous genres : narcotiques, armes, animaux de contrebande, bois précieux, etc. sans oublier les êtres humains !!
Ces postes de contrôle militaires, certains permanents, d’autres mobiles, semblent donc parfaitement justifiés au vu de la situation et il faut souvent y présenter une pièce d’identité et indiquer sa destination. Sur les pistes de montagne et les routes qui se terminent en cul-de-sac ou mènent “de l’autre côté”, ils notent également les noms de toutes les personnes présentes dans le véhicule, le numéro d’immatriculation et demandent l’heure (ou le jour) du retour.
Comme d’autres, j’avais lu des récits et articles racontant des rencontres avec des “militaires corrompus” demandant un droit de passage aux volontaires individuels et aux organisations humanitaires (je ne citerai aucun nom pour éviter toute polémique) souhaitant se rendre auprès des réfugiés. À cela venaient se rajouter les histoires de certains voyageurs et autres aventuriers en mal de reconnaissance qui ont entendu parler de quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a vu un jour quelqu’un se faire rançonner par les militaires. Un peu l’histoire l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’éléphant blanc (il n’y a pas d’ours en Thaïlande !!).
Je n’ai pas la prétention d’affirmer qu’il s’agit ici de pure fiction, certaines des situations décrites sont peut-être bien réelles, mais en plus de quatre ans et des dizaines de passages à ces points de contrôle nous n’avons JAMAIS eu à verser le moindre droit de passage, bien au contraire.
Je me souviens de l’un de nos premiers passages par l’un de ces postes, il y a presque 5 ans. La route entre Tam Lod et Ban Huoi Haeng n’existait pas encore et il fallait environ 1H30 en 4×4 pour parcourir les 10 km de piste défoncée. Au retour, nous avions bifurqué vers Yapanae et Mae Lana, un village Shan où recommençait une bande asphaltée qui rejoignait la route principale menant à Mae Hong Son (voici la carte Google pour vous donner une idée de l’endroit, le point bleu représente Ban Huoi Haeng et nous avions rejoint la route 1226 par les pistes). Peu après Mae Lana, surprise, nous nous trouvons nez à nez avec un barrage militaire !!
Je crois que le planton qui nous a vu arriver n’a jamais vraiment compris comment nous étions arrivés jusque là, d’autant plus que nous n’étions pas répertoriés dans son registre et que nous étions supposés passer par son poste de contrôle avant de nous aventurer dans ce qu’il nous a décrit comme étant une zone dangereuse. Mais il nous a finalement laissé passer – avec le sourire !! – lorsqu’il a appris l’objet de notre voyage, à savoir apporter des fournitures scolaires à une école isolée.
2 autres expériences vécues :
Route vers Doi Tai Laeng, état Shan, voiture chargée de fournitures scolaires et de matériel médical. Des militaires thaïlandais un peu hésitants au début en apprenant notre destination, qui observent notre cargaison avec suspicion, puis qui deviennent tout sourire et nous saluent d’un énergique ‘”Thank You!!” après avoir obtenu l’autorisation de nous laisser passer auprès de leurs chefs. - Point non officiel de passage de frontière au nord du village de Ban Rak Thai pour rejoindre le village de réfugiés de Kong Mung Mong, dans l’état Shan. Là aussi voiture chargée de fournitures scolaires et de médicaments avec en prime un médecin français à bord. Le chef de poste nous accompagne et discute avec mon épouse. En repartant le deuxième jour, elle veut lui donner 500 THB (12 Euros) pour lui et ses hommes, mais il refuse et va jusqu’à nous rattraper pour nous les rendre.
Deux anecdotes parfaitement représentatives des contacts toujours extrêmement conviviaux et coopératifs que nous avons eu avec les militaires thaïlandais en poste à ces points de contrôles depuis plus de 4 ans. J’ignore si esprit de coopération est spécifique à cette région, mais nous avons cette fois encore pu ressentir la même impression de solidarité et de compassion de la part des hommes en uniforme envers leurs “cousins du mauvais côté de la frontière”.
Une réalité du terrain qui pourra aussi contribuer à rassurer nos donateurs quant à l’usage des fonds qu’ils nous confient : il n’existe aucun prélèvement “imprévu” entre eux et les bénéficiaires de leur générosité, un sujet (l’usage et la gestion des fonds) qui fera d’ailleurs l’objet d’un prochain billet.






