11 Septembre – Lycée français de Bangkok, la suite…
Des statistiques de consultation du blog qui explosent, plusieurs messages/avis de lecteurs ainsi que des questions plus spécifiques : il semble que l’éducation des enfants en général et la scolarisation des métis en particulier soit un sujet qui intéresse. Et c’est tant mieux !!
Je vais donc essayer de résumer (on ne ris pas !!) notre propre expérience en décrivant le cheminement que nous avons suivi depuis la première – et la seule – rentrée des classes en France jusqu’à la situation actuelle et notre prochain re-changement d’école, en soulignant certains aspects spécifiques aux enfants métis auxquels je n’avais pas pensé initialement et qu’il serait maladroit de négliger.
Je n’ai bien évidemment aucune prétention d’expertise “ès pédagogie” et encore moins de détention de la vérité absolue, chaque cas est spécifique et je jouis en outre de l’immense privilège de n’être soumis à aucune contrainte géographique professionnelle, ce qui nous laisse une liberté de choix totale pour l’école et nous permet d’adopter une démarche inverse : à savoir choisir l’école et ensuite rechercher un logement à proximité.
Il est vrai qu’en France la question ne se pose en général pas vraiment, on scolarise les enfants tout simplement à l’école du village ou du quartier avec éventuellement une option école privée pour ceux qui en ont les moyens et qui l’estiment nécessaire. C’est un peu le raisonnement que nous avions nous aussi suivi initialement après nous être assuré de la présence d’une école de bonne qualité à proximité de notre future maison.
Il s’agissait d’une école privée comme il en existe des milliers à travers le pays, avec une moyenne de 20 à 25 élèves par classe en maternelle tout comme en primaire et aussi – très important à mes yeux – un “vrai” enseignement de l’anglais dès le plus jeune âge. La maternelle, non obligatoire en Thaïlande, ayant surtout un rôle de sociabilisation et d’apprentissage de la vie en communauté, l’établissement scolaire choisi remplissait parfaitement sa mission à ce niveau là, et même plus encore puisque tous les élèves savaient lire et écrire aussi bien le Thaï que l’alphabet latin à la fin de leurs 3 années de maternelle !!
Et cerise sur le gâteau : cette école possède sa propre piscine et tous les enfants suivent des cours de natation avec un professeur diplômé dès l’âge de 4 ans. À titre indicatif, le coût de la scolarisation était de l’ordre de 700 à 800 Euros par an et par enfant, en incluant les fournitures, les uniformes, la cantine et le ramassage à domicile par un minibus de l’école.
Par comparaison, l’école publique du village comptait une moyenne de 35-40 élèves par classe en primaire et “tout le monde en vrac” en maternelle, une maternelle qui s’avérait en fait plus être une garderie améliorée dont le rôle essentiel était d’assurer la surveillance des enfants pendant la journée de travail des parents. Un environnement pas vraiment favorable à une construction structurée de la personnalité et – très important – au développement d’un esprit studieux.
Tous semblait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais nous avions tout de même oublié un petit détail : nos filles sont métisses !!!
Le métissage est une caractéristique très appréciée par les Thaïs en perpétuelle quête d’occidentalisation de leur aspect, mais qui peut parfois présenter certains inconvénients, notamment lorsque lesdites métisses sont considérées comme privilégiées et traitées comme telles. Nos filles étaient en fait les seules métisses présentes dans cette école fréquentée essentiellement par des enfants de commerçants et de cadres de l’administration et certaines anecdotes – plutôt amusantes au début – ont commencé à éveiller mon attention.
Exemple : un jour, notre cadette rentre à la maison et nous annonce que sa meilleure copine ne veut plus qu’elle vienne jouer chez elle. Bon, ce sont des petites histoires de maternelle mais nous essayons tout de même d’en savoir plus. Il s’est en fait avéré que Naomi avait raconté notre récent weekend à Kuala Lumpur, en plus de toutes les autres sorties et voyages que nous faisons régulièrement, et qu’à de rares exceptions près, aucun des autres enfants de l’école n’avait jamais voyagé et la principale occupation du weekend se limitait à aller manger une glace au supermarché du coin.
J’avais aussi constaté une baisse de l’assiduité et des résultats de notre aînée après son passage en primaire. Bien que toujours dans le peloton de tête, Maeva semblait moins enthousiaste à l’idée d’aller à l’école et n’avais pas l’air très suivie par sa maîtresse. Il s’est en fait avéré que cette dernière ne s’intéressait pas vraiment à elle tout simplement parce qu’elle la considérait comme une privilégiée qui n’avait pas besoin de bien travailler à l’école pour assurer son avenir. Un raisonnement qui peut sembler plutôt curieux de la part d’une enseignante, mais qui est très courant en Thaïlande où les classes moyennes et aisées se considèrent comme des “clients” de l’école qu’elles ont choisie peur leur progéniture et attendent que ladite progéniture reçoive (pas forcément obtienne !!) des notes en rapport avec les frais de scolarisation. En clair, si l’enfant ne reçoit pas de bonnes notes, c’est que l’enseignant n’est pas compétent. Un phénomène très courant à Bangkok et qui oblige à redoubler d’attention – j’en parlerai plus dans un prochain billet.
À cela venait s’ajouter un mode de vie totalement différent de celui des autres enfants du village auxquels nos filles ne parvenaient pas vraiment à s’identifier. Un peu le syndrome du vilain petit canard, mais à l’envers !!
J’ai donc commencé à réfléchir à une solution et, dans un premier temps, les ai inscrites aux cours de français prodigués tous les samedis matins à l’Alliance française de Bangkok.
Outre le perfectionnement dans l’une de leurs langues maternelles, l’objectif était aussi – et surtout – d’élargir leur horizon au travers d’un contact avec des enfants métis comme elles dans un environnement pédagogique totalement différent de leur quotidien. Je venais en fait de franchir un premier pas vers la biculturalité de l’enseignement sans encore connaître le principe des écoles bilingues (et, dans un certain sens, biculturelles).
Mais ça, je vous en parlerai dans un prochain billet. Pour l’instant, je me contenterai de donner un conseil aux familles mixtes qui, comme nous, vivent en Thaïlande et peut-être aussi ailleurs en Asie et qui sont confrontées au problème du choix de l’école pour leurs enfants :
N’oubliez jamais le fait qu’il/elles sont métis(ses) et, dans la mesure du possible, intégrez ce facteur dans leur éducation !!
Cette caractéristique de métissage fait partie intégrante de leur personnalité et j’estime qu’il est nettement préférable, pour ceux qui en ont la possibilité, d’offrir à leurs enfants l’occasion d’épanouir et de valoriser leur métissage dans un environnement propice plutôt que de vouloir les cantonner dans l’une ou l’autre culture.
En grandissant en tant que métis, ils/elles assumeront pleinement leur biculturalité et se sentiront autant à l’aise d’un côté que de l’autre. Au contraire, en les cantonnant dans l’une ou l’autre de leurs origines, ils/elles risquent de se sentir étrangers de l’autre et même, dans certains cas, étrangers aussi dans la monoculture au sein de laquelle ils/elles grandissent (exemple : voir mon billet précédent, l’anecdote Farang).
Après toutes ces réflexions ‘”migrainigènes” et pour vous faire patienter jusqu’à la semaine prochaine et mon troisième billet à ce sujet, voici un petit problème qui faisait partie des devoirs de Maeva ce weekend :
David drove from Town P to Town Q at a speed of 105 km/h. Bala drove from Town Q to Town P at a speed of 80 km/h, but he started 1 hour earlier than David. After driving for 2 hours, David met Bala on the road. What is the distance between Town P and Town Q?
Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec la langue de Rick et Alvin, voici la traduction en français. Mais l’énoncé du problème reste identique !!
David a circulé de la ville P à la ville Q à une vitesse de 105 km/h. Bala a circulé de la ville Q à la ville P à une vitesse de 80 km/h, mais en étant parti 1 heure plus tôt que David. Après avoir conduit pendant 2 heures, David a rencontré Bala sur la route. Quelle est la distance entre les deux villes P et Q?






