21 Septembre – Lycée français de Bangkok, 3ème partie
Je devrais en fait modifier le titre de cette série de billets qui ont évolué vers le thème plus général de l’éducation des enfants métis, un sujet qui semble toujours intéresser autant au vu des questions qui me sont adressées. Je souhaite cependant préciser une nouvelle fois que je n’ai nullement la prétention de connaître la solution idéale ; il s’agit ici de notre propre démarche, de notre vécu personnel dans un environnement familial spécifique qui ne peut pas nécessairement être reconstitué à l’identique et qu’il ne faudrait surtout pas généraliser.
Il existe néanmoins une règle que l’on peut sans crainte qualifier d’universelle, applicable à tous les enfants métis, et qui résulte directement de ladite qualité de métis, c’est celle que j’avais indiquée dans mon dernier billet :
N’oubliez jamais le fait qu’il/elles sont métis(ses) et, dans la mesure du possible, intégrez ce facteur dans leur éducation !!
Autre règle, qui répond à certaines questions posées et qui concerne elle aussi les enfants métis et plus précisément les enfants qui ont eu la chance fabuleuse de naître dans une famille polyglotte :
Ne jamais déroger à la règle “1 parent = 1 langue” En effet, un enfant voudra instinctivement communiquer et dialoguer avec ses deux parents et si chacun de ses parents prend l’habitude de lui parler dans sa propre langue maternelle, c’est-à-dire celle qu’il/elle maîtrise le mieux et qu’il/elle parle sans trop d’accent (ou chuste hun bedi beu l’accent Halsacien !), l’enfant sera parfaitement bilingue. La même règle pourrait s’appliquer aux familles où l’un des parents possède une bonne maîtrise d’une deuxième langue (pas nécessairement sa langue maternelle) et qui font le choix du bilinguisme. Mais là aussi il est essentiel de TOUJOURS s’en tenir à la règle 1 parent = 1 langue et ne jamais opter, même ponctuellement, pour la solution de facilité consistant à donner des explications dans l’autre langue. En pratique, il aurait été très maladroit de ma part d’arrêter de parler le français à nos filles et d’essayer de leur baragouiner un Thaï hésitant par crainte que leur francophonie puisse les handicaper dans leur scolarité, d’autant plus que lorsqu’elles ont commencé à fréquenter l’école en Thaïlande, leurs maîtresses étaient très agréablement surprises de découvrir que même après avoir vécu respectivement 4 ans et 2-1/2 ans en France avec leur maman pour seule interlocutrice dans la langue Thaïlandaise, elles maîtrisaient mieux celle-ci que les autres enfants “locaux” monolingues. J’ai en fait constaté qu’en pratiquant couramment deux langues, l’enfant est beaucoup plus attentif à l’articulation et à la prononciation, parce qu’il/elle veut être sûr(e) de bien se faire comprendre par la personne à qui il/elle s’adresse. Bon, après cette “parenthèse” linguistique, revenons à nos propres choix et au parcours que nous avons suivi. J’en étais resté à nos premiers pas dans un environnement pédagogique biculturel et c’est au cours de mes réflexions en quête d’une autre solution de scolarisation que j’ai découvert le concept des écoles bilingues (aussi appelées “English Program”) que j’avais présenté rapidement dans mon premier billet. Il s’agit en fait d’écoles privées qui suivent le programme officiel de l’éducation nationale mais où toutes les matières générales (maths, science, géographie, etc.) sont enseignées en anglais par des natifs anglophones et les matières typiquement Thaïlandaises (la langue Thaïlandaise, éducation civique, etc.) par des professeurs Thaïlandais. Il y a donc 2 enseignants par classe et les enfants sont en immersion totale dans un environnement bilingue dès leur plus jeune âge, ce concept étant proposé dès la maternelle avec une moyenne de 70% des cours dispensés en anglais à l’école primaire. Le cerveau des enfants étant une véritable éponge à connaissances, ils n’éprouvent aucune difficulté particulière à assimiler ce qui n’est après tout qu’un nouveau moyen de communication, mais avec un avantage incontestable par rapport à un apprentissage simplement académique : l’utilisation pratique directe de la nouvelle langue acquise. En clair, il ne s’agit pas d’une banale matière comme une autre, mais d’un véritable support de communication utilisé au quotidien pour interagir avec leur environnement et pour emmagasiner de nouvelles connaissances. Bien sûr, on peut légitimement se poser la question de la raison du choix de l’école bilingue anglo-thaïe plutôt que franco-thaïe dans notre cas. La réponse est simple : ça n’existe pas !! Ceci ne nous empêche bien évidemment pas de continuer à parler en français à la maison, et même si elles se sentent pour l’instant plus à l’aise dans la langue de Walt Disney que dans celle de Franquin, leur francophonie est acquise et entretenue et elle pourra toujours être améliorée dans l’avenir en cas de besoin. Nous nous sommes donc mis à la recherche d’une école bilingue, mais toujours en gardant à l’esprit la règle énoncée ci-dessus concernant le métissage, ce qui voulait dire que notre école “idéale” devait être non seulement bilingue, mais aussi biculturelle ou, mieux encore, multiculturelle. Il existe, en effet, pléthore d’établissements qui profitent de l’engouement de la classe moyenne Thaïlandaise pour la formule “English Program” et qui excellent dans l’art de publier des brochures publicitaires vantant les mérites de “leur” méthode, mais en poursuivant toutes un seul et même but : le profit financier !! Il faut donc rester extrêmement vigilant, et même si la recherche du profit financier ne s’effectue pas nécessairement au détriment de la pédagogie, ce n’est pas parce que le bâtiment est tout beau et tout neuf avec des frais de scolarité en rapport que l’éducation sera forcément meilleure que dans une école plus modeste dont l’ancienneté peut aussi être synonyme d’expérience. L’établissement que nous recherchions devait accueillir une proportion non négligeables d’autres enfants métis (et pas seulement des sino-thaïs pourris-gâtés que leurs familles ont placé là pour garder la face !!) et présenter un taux de renouvèlement des enseignants étrangers le plus faible possible, c’est-à-dire employer une majorité de vrais professeurs, pas seulement des routards de passage qui veulent juste avoir un visa d’un an et qui servent de caution à l’école pour leur argumentaire commercial : “Vous voyez, nous avons beaucoup de professeurs Farangs !!”. Entre les châteaux façon “Harry Potter” qui sentent encore la peinture fraîche et les écoles anciennement 100% Thaïe qui viennent soudainement de se découvrir une vocation bilingue ($ $ $) mais où personne (ou presque) ne parle l’anglais, il n’existe en fait qu’une petite poignée d’établissements sur Bangkok qui remplissaient réellement les critères que nous nous étions fixés. Nos filles fréquentent maintenant pour la quatrième année consécutive l’école Daroonpat, un établissement aux dimensions humaines qui compte environ 250 élèves dont 20% de métis, pour un coût de l’ordre de 3000 Euros par an et par enfant, cantine scolaire et sorties incluses. Et même si nous allons changer l’année prochaine pour le passage en secondaire de Maeva, notre aînée, nous ne regrettons absolument pas ce choix et irions même jusqu’à le conseiller aux autres parents qui souhaitent comme nous voir leur descendance évoluer dans un environnement pluriculturel, avec de vrais professeurs anglophones (certains sont là depuis plus de 5 ans) qui donnent de vraies notes (pas des résultats gonflés pour faire bien !!) et qui n’hésitent pas à demander le redoublement d’un élève dont le niveau est jugé insuffisant (même si les parents dudit élève le changent ensuite pour un établissement qui donne des notes proportionnelles à leur générosité lors de l’inscription). Bon, je constate que je me suis une nouvelle fois laissé emporté par mon inspiration – il est vrai qu’il y a de quoi. Je vous avais bien dit que j’allais essayer de résumer… Il faudra donc patienter jusqu’à mon prochain billet consacré à ce sujet pour découvrir que certains enfants issus d’un milieu très aisé ne sont toujours pas capables de lacer seuls leurs chaussures à l’âge de 12 ans alors que les petits montagnards de 5 ans à peine font leur propre vaisselle et même parfois leur lessive, ou encore pour intégrer dans l’éducation un autre aspect auquel je n’avais pas vraiment pensé jusqu’à présent, mais qui peut pourtant lui aussi devenir une composante déterminante de l’avenir de notre progéniture : les réseaux !! (non, pas Facebook).
Étant originaire d’une région où la langue régionale est encore très présente (on s’en serait douté !!), j’ai moi-même eu la chance d’évoluer dans un environnement bilingue et de rencontrer différents cas de figure. Un point très important qui mérite d’être souligné : il ne faut surtout pas faire l’erreur de croire que ce bilinguisme risque d’entraîner un retard scolaire, notre propre expérience tend plutôt à démontrer le contraire. De même, il ne faut pas non plus commettre l’erreur d’arrêter de pratiquer “l’autre” langue une fois que les enfants commencent à fréquenter l’école (un parent qui change soudainement de langue d’expression a plutôt de quoi dérouter !!).
Et en toute honnêteté, c’est une question qui ne m’a même pas effleuré l’esprit. Je rappelle en effet que nous sommes des migrants et je considère que la connaissance de la langue anglaise – première langue parlée dans le monde – est nettement plus utile dans l’environnement dans lequel nous avons choisi d’éduquer notre progéniture.
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