14 Juillet – Encore une goutte…
Une goutte d’eau, bien évidemment, et même plusieurs puisque je vous propose aujourd’hui de découvrir la suite de notre dernier projet dont j’avais commencé la présentation dans mon billet du 6 juillet.
Nous en étions donc restés sur des images des plus explicites de ce qui est le quotidien alimentaire des 800 élèves du plus important établissement scolaire d’un pays ayant une surface approximativement égale à un quart de la France (ça, c’est juste pour rappeler quelques fondamentaux !!). En complément, voici d’autres photos des dortoirs, très spacieux, et de la salle de bain “écologique” à ciel ouvert avec murs végétaux, un peu à l’image de celles qui sont proposées par certains hôtels de luxe ayant fait du retour à la nature un argument commercial à l’attention d’une clientèle en quête de tout ce qui est “green” (vert).
Imaginez ce qui se passe lorsque tout le monde fait la queue pour aller se brosser les dents !!
À titre d’information, le budget disponible pour l’alimentation quotidienne est de l’ordre de 20 000 Bahts (environ 480 Euros) par jour pour l’ensemble de l’école, soit environ 0,60 Euro par jour et par élève.
Il va sans dire qu’il n’y a généralement pas beaucoup de reste dans les assiettes !!
Voilà plusieurs années déjà que les responsables essaient de développer certaines cultures dans les vallées voisines, mais la population de ce qui est maintenant devenu une véritable ville ne cesse de croître, et avec elle les besoins en tous genres, notamment alimentaires. De plus, situation de protection stratégique oblige, l’école et la petite ville qui l’entoure sont installées sur des crêtes montagneuses dont le relief ne favorise pas vraiment l’irrigation, même s’il existe çà et là plusieurs sources.
Des pans de montagne entiers ont donc été déboisés et préparés en vue d’étendre les surfaces cultivées, chaque zone ayant été affectée à un secteurs spécifique : hôpital, école, population civile, etc. Le projet qui nous intéresse plus particulièrement et pour lequel nous sommes intervenus concerne l’irrigation des flancs de colline qui entourent une ébauche de potager, fruit de l’initiative du directeur de l’école à qui ont été attribués plusieurs hectares de jungle.
Celui-ci a, dans un premier temps, réalisé quelques essais de plantation pour finalement sélectionner une série de fruits et légumes ayant donné des résultats prometteurs et qu’il souhaite à présent cultiver à grande échelle avec le secret espoir de réussir à en produire suffisamment pour tous les élèves de l’école, et même plus.
Principal problème : l’irrigation.
Si plusieurs sources sont présentes sur les collines qui entourent cette petite vallée encaissée, leur débit est relativement irrégulier et l’eau qui s’en écoule obéit bien évidemment aux lois fondamentales de la physique, à savoir rechercher le chemin le plus court vers le bas. Et comme il se doit, ledit chemin le plus court vers le bas passe à des centaines de mètres de l’endroit où le terrain a pu être aménagé et donc à plusieurs centaines de mètres des futures plantations où l’eau sera nécessaire.
Il existe cependant un avantage : la position de ces sources. Elles sont toutes plus hautes que la vallée elle-même, mais aussi plus hautes que les collines qui l’entourent. Le projet consiste donc à créer un petit bassin de retenue depuis lequel sera posé un tuyau qui servira à remplir une série de réservoirs placés à des endroits appropriés au sommet des flancs de montagne qui ont été déboisés. L’irrigation contrôlée s’effectuera ensuite à partir de ces réservoirs tout simplement en utilisant la même énergie que celle qui a servi à les remplir : la gravité !!
Le projet a été élaboré avec l’aide des villageois de Ban Huoi Haeng (notre projet de l’année dernière) qui ont été très heureux de partager leur expérience. Le budget total a été de 140 000 Bahts (environ 3500 Euros), nettement inférieur à celui de Ban Huoi Haeng pour deux raisons : d’une part parce qu’il ne fallait que 1000 mètres de tuyaux (contre 4000 à Ban Huoi Haeng) et d’autre part parce qu’ici, la main d’œuvre est gratuite puisque composée essentiellement de militaires de l’armée Shan qui réaliseront les travaux pendant leurs périodes de permission.
Les travaux sont en cours, même pendant la mousson actuelle, et avec un peu de chance les premiers légumes devraient être arrivés à maturité pour mon prochain voyage en pays Shan programmé en octobre prochain.
D’ici là, d’autres volailles seront vraisemblablement venues compléter l’ébauche de basse-cour et LE cochon devrait partager son enclos avec quelques congénères.
10 Juillet – Voyage à Rayong
Après la montagne et les temples Khmers de mes derniers billets consacrés aux voyages en Thaïlande, je vous propose aujourd’hui une escapade en bord de mer et plus précisément dans la province de Rayong (le N° 46 sur la carte ci-contre, cliquez pour agrandir).
Mon premier voyage dans cette province marquait la fin de ce qui était aussi mon premier voyage en Thaïlande (et non pas NOTRE, puisque ça se passait en 1988 et que le concept de famille faisait encore pour moi partie d’un avenir des plus hypothétiques).
Après presque 3 semaines à sillonner le Nord et l’Ouest de ce pays, dont une semaine de randonnée en montagne en dormant dans un village ethnique différent chaque soir, les organisateurs avaient judicieusement prévu quelques jours de farniente sur une plage histoire de reprendre quelques forces et aussi une bonne douche pour éviter de trop sentir le fauve dans l’avion du retour !!
Oui je l’avoue, mon premier voyage en Thaïlande était un voyage organisé !!
Un voyage organisé que j’avais choisi d’une part pour des raisons de coût, mais surtout pour la semaine dans la jungle à la découverte des minorités ethniques, une activité qui cadrait parfaitement avec ma période “Crocodile Dundee” de la fin des années 80.
Mais revenons maintenant à la province et Rayong et à ce séjour de récupération à Ban Phe, en face d’une île qui est devenue très prisée des Bangkokois : Koh Samet.
Je n’ai pas encore pris le temps d’y retourner depuis, mais j’imagine qu’il y a du y avoir quelques changements notables, d’autant plus que Koh Samet est maintenant devenue un parc national.
Nous y avions d’ailleurs passé une journée à lézarder sur la plage, avant de retourner à Ban Phe où l’activité essentielle était … de lézarder sur la plage. Pour ma part, je me souviens avoir loué un vélo pour parcourir la petite route qui longe le littoral. À l’époque déjà, j’avais été frappé par l’omniprésence des panneaux publicitaires pour certaines incontournables boissons gazeuses et, ignorant tout de l’écriture Thaïe, je me demandais pourquoi ils appelaient le Coca Fân (regardez le logo en bas à droite sur la photo !!).
Tiens dans la série des anecdotes et de l’internationalisation de la “bouffe”, j’avais gardé et je possède toujours le menu du seul restaurant où, au cours de ce voyage, j’avais réussi à trouver des produits laitiers.
C’était en août 1988, l’insouciance d’un bord de plage à quelques dizaines de kilomètres d’un pays qui s’appelait à l’époque le Kampuchéa démocratique et dont la population était en train de subir l’un des pires génocides de l’histoire de l’humanité. C’était aussi en août 1988 qu’un peu plus loin à l’ouest, un autre pays venait de fermer ses frontières et d’expulser tous les étrangers suite à des élections remportées par une certaine Aung San Suu Kyi…
6 Juillet – Un tour en montagne
Voici plusieurs mois que j’en parle, il a été évoqué çà et là au détour de mes billets, il est maintenant sur le point d’aboutir et j’irais même jusqu’à dire qu’il a abouti puisque les matériaux ont été livrés à leur destination il y presque 2 semaines.
Je veux bien entendu parler de notre nouveau projet EAU qu’il me semble à présent opportun de décrire plus en détail, notamment en exposant le contexte.
Mais je souhaite avant de continuer, au nom des 800 élèves (dont 300 orphelins) et de tous les autres bénéficiaires de cette nouvelle réalisation, adresser mes plus sincères remerciements à nos généreux donateurs pour la confiance qu’ils nous ont une nouvelle fois accordée, certains étant à nos côtés depuis le début de cette aventure en octobre 2006 (cliquez sur l’onglet “Nos Projet” en haut de cette page pour un récapitulatif de nos principaux accomplissements).
Alors, de quoi s’agit-il exactement ?
Ce nouveau projet, conçu sur le modèle désormais éprouvé de Ban Huoi Haeng que nous avions réalisé l’année dernière (cliquez ICI pour le descriptif au format PDF), a pour principal objectif d’assurer l’irrigation régulière d’un ensemble de cultures maraichères à flanc de montagne, cultures maraichères dont les produits viendront compléter et – assurément – améliorer le quotidien des 800 élèves de l’école de Loi Tai Laeng, capitale non officielle de l’état Shan. Les Shans sont l’une des minorités ethniques persécutées par la junte militaire birmane et ont ceci de particulier qu’ils sont très proches des Thaïlandais, aussi bien du point de vue culturel que linguistique. Le terme Shan est en fait une déformation birmane du nom “Siam”, ancien nom de la Thaïlande, et les Shans se nomment eux-mêmes “Tai Yai” (les Thaïs hauts). Si vous souhaitez en savoir plus sur cette ethnie trop peu connue mais dont la population compte tout de même plusieurs millions de personnes, je vous invite à consulter mon autre blog http://www.freeshan.org/.
Entrés en résistance depuis plus de 50 ans, les Shans ont bâti leur quartier général près de la frontière Thaïlandaise, dans la même région que les écoles de Ban Huoi Haeng et de Tam Lod avec qui nous sommes en contact régulier. Près de la moitié des enfants de l’école de Ban Huoi Haeng sont d’ailleurs des Shans réfugiés en Thaïlande et le village de Tam Lod est à dominante Shan. Ces populations ont vu leurs écoles et leurs villages brûlés par le SPDC (les militaires birmans) et essaient tant bien que mal de recréer ici, près de la frontière et avec le soutien non officiel mais bien réel de la Thaïlande, un semblant de vie normale en accordant une importance toute particulière à l’éducation et à la santé. L’école accueille ainsi plus de 800 élèves, de 5 à 18 ans, les meilleurs ayant ensuite la possibilité d’aller poursuivre leurs études en Thaïlande. Ces élèves sont en réalité des réfugiés dans leur propre pays (des “IDP” – Internally Displaced People selon la désignation officielle de l’ONU), tout comme les milliers de personnes civiles présentes sur ce site, et il faut bien évidemment les héberger et les nourrir !!
Les Shans sont extrêmement dépendants de la Thaïlande pour leur approvisionnement et les pistes de montagne qui mènent aux marchés les plus proches sont particulièrement difficiles, voire impraticables en certaines saisons. Par temps sec, il faut près de 2 heures pour parcourir les 30 km jusqu’à la petite ville thaïlandaise la plus proche dont le marché hebdomadaire est la principale source d’approvisionnement en nourriture des 10 000 personnes présentes sur le site de Loi Tai Laeng. Il va sans dire que la quête de solutions visant à l’auto-suffisance alimentaire est incessante, et le projet d’irrigation que nous avons contribué à mener à bien s’inscrit parfaitement dans cette politique globale des responsables Shans.
Voilà pour le contexte général.
Je vous parlerai plus précisément du projet lui-même dans un projet billet, en attendant je vous invite à découvrir ci-dessous ce qui peut être le quotidien de la cantine scolaire de Loi Tai Laeng (ça, c’est pour ceux qui se plaignent régulièrement de la rareté des feuilles de laitue dans la salade de limaces servie à leur propre cantine scolaire !!) :
19 Juin – Voyages à Buriram
Nouveau billet sur nos voyages à la découverte de notre pays d’accueil avec aujourd’hui une escapade dans la partie Khmère du pays, plus précisément dans la province de Buriram (N° 33 sur la carte ci-contre – cliquez pour agrandir).
Si j’ai choisi d’écrire aujourd’hui un nouveau billet sur nos voyages en Thaïlande, c’est aussi pour vous présenter Holidaycheck.fr, un portail de voyage regroupant un service de réservation d’hébergement et une communauté de voyageurs partageant leurs expériences. Ils m’avaient contacté il y a quelques temps et m’ont aimablement proposé d’apporter leur contribution à nos projets avec les montagnards moyennant l’affichage d’un lien publicitaire, d’où la légère modification que vous avez pu constater sur la page d’accueil.
La somme versée sera consacrée à notre actuel projet Eau que nous sommes sur le point de faire aboutir. Il manque moins de 400 Euros pour arriver au budget nécessaire, alors n’hésitez surtout pas à cliquer sur le lien “Faire un don” ci-contre. La procédure est parfaitement sécurisée.
Mais revenons à présent à notre destination du jour, à savoir Buriram qui se situe au sud de la région Issan. Nous avions visité cette province pendant la même période que ses sœurs/cousines de Surin et de Sri Saket, plus à l’est, dans le cadre d’un voyage-découverte des vestiges Khmers, très nombreux en Thaïlande.
Le centre d’intérêt majeur de cette province est sans nul doute le parc historique et temple de Phanom Rung (proncer “p’nom roung”), qui se trouve à environ 60 km au sud de la ville de Buriram. Il s’agit de l’un des sites Khmers les plus importants de Thaïlande dont la particularité est qu’il a été construit sur un volcan (éteint !!). Sa construction, en plusieurs étapes, s’est étalée sur près de 3 siècles et l’état de conservation général est tout simplement remarquable. Le site est d’ailleurs classé au patrimoine de l’UNESCO.
Idéalement, il faudrait y aller tout début avril pour assister aux cérémonies de commémoration de la restauration du temple, organisées par les communautés locales, qui se tiennent tous les ans le 1er samedi du mois d’avril avec procession le matin et spectacle de son et lumière le soir.
Une autre raison pour visiter ce site début Avril, malgré la chaleur étouffante du plein été, est de pouvoir assister à une particularité astronomique qui se produit deux fois dans l’année : le parfait alignement du soleil avec les 15 portes du sanctuaire au moment du lever du soleil du 3 au 5 avril (un jour plus tôt les années bissextiles). Cet alignement se produit aussi du 8 au 10 septembre, mais comme nous sommes alors en pleine saison des pluies on a plus de chance d’assister à un alignement des nuages !!
Une bonne idée, que nous avions mise en application d’ailleurs, est de combiner la visite avec un autre petit joyau de cette région : le Prasat Muang Tam, lui aussi construit sur un volcan éteint (!!) à une dizaine de km à l’est du Phanom Rung. Prasat est un nom Khmer qui désigne à la fois un château et un temple.
Mais la province de Buriram ne se limite pas à des “vieux tas de cailloux” qui fatiguent très vite les petites jambes et qui finissent par être plutôt ennuyeux, même si on peut s’amuser à prendre des photos de sa sœur.
On peut aussi y découvrir des artisans de la soie, un parc naturel ainsi qu’une réserve d’oiseaux sauvages, sans oublier les inévitables curiosités locales qui, comme partout ailleurs en Thaïlande, ne figurent dans aucun guide et sur aucune carte et que l’on découvre souvent par hasard au détour d’une route que l’on aura emprunté par erreur.
28 Avril – Poi Hsang Long (jours 4 et 5)
Suite du billet du 27 avril.
JOUR 4
Le déroulement du quatrième jour est identique à celui du troisième. Là aussi, des visiteurs venus de tous les horizons viennent saluer les futurs moinillons qui récitent alors des prières en remerciement des offrandes reçues.
Avant chaque procession, (il y en a trois par jour), le Hsang Long est soigneusement maquillé puis revêt l’une de ses tenues de cérémonie, à chaque fois différente et généralement offerte par des membres de la famille ou des proches qui choisissent de participer financièrement à l’évènement.
Entre deux visiteurs, les enfants peuvent aussi aller rendre visite à leurs amis dans les autres cabines, bien évidemment en se faisant porter puisqu’ils sont encore, pour l’instant, supposés ne rien faire !!
JOUR 5
C’est aujourd’hui que le Hsang Long va revêtir la robe de safran et devenir ainsi un moinillon. Comme tous les jours après chaque procession autour du temple, les enfants entrent dans la salle des prières et écoutent le sermon du moine.
Mais à la différence des autres jours, ils vont maintenant s’engager à respecter un certain nombre de préceptes et rester au temple un minimum de 7 jours à partir du lendemain.
Il auront, en effet, le droit de passer une dernière nuit dans leurs cabines respectives avec leurs familles et se rendront au temple à l’aube du sixième jour, mais cette fois avec leurs propres jambes !!
La durée de vie monastique dépendra ensuite de chacun, mais s’arrêtera généralement au plus tard à la rentrée scolaire. Certains garçons plus âgés qui ont déjà terminé leur scolarité obligatoire participent aussi à ces festivités, ils sont eux aussi Hsang Long, mais enfilent ensuite la robe safran pour devenir de vrais moines.
Ils suivent exactement le même rituel de 5 jours que les autres, mais – poids oblige – certains ont à leur disposition 4 porteurs au lieu d’un.
Une dernière précision au sujet de la tonte des cheveux : contrairement à la Thaïlande où celui qui devient moine se fait aussi tondre les sourcils, les moines Shans et, plus largement, les moines Birmans les conservent. L’origine de cette différence remonte, semble-t-il, à l’époque du Roi Naresuan et des conflits entre le Siam et la Birmanie. Les Birmans avaient envoyé des espions déguisés en moines. L’ayant appris, le Roi du Siam a donné comme instructions que tous les moines Siamois devraient dorénavant se raser aussi les sourcils, ce qui permettrait de reconnaître les espions plus facilement.
27 Avril – Poi Hsang Long (jours 2 et 3)
Suite du billet du 26 avril
JOUR 2
Au matin du 2ème jour, les parents font la toilette du Hsang Long en utilisant un bol d’or et d’argent (enfin, certainement ayant la couleur de l’or et/ou de l’argent !!). Ils lui donnent ensuite son repas en portant les aliments jusqu’à sa bouche.
Je rappelle en effet que le futur moinillon est considéré comme un prince et ne doit RIEN faire pendant ces 5 jours. Il s’agit en fait d’une démarche spirituelle au cours de laquelle il traverse une première période où il goûte aux plaisirs d’une existence purement matérielle dans laquelle ne manque de rien et peut jouir d’une totale oisiveté avant d’être soumis aux règles très strictes de la vie monastique qu’il adoptera ensuite pendant une durée minimale de 7 jours. Cette démarche s’inspire de la vie du Bouddha qui était lui-même prince avant de choisir de tout quitter pour sa quête de la vérité (la vie, l’univers et tout le reste…).
La photo ci-dessus illustre parfaitement la principale activité des Hsang Long pendant ces 5 jours.
Une nouvelle procession a ensuite lieu autour du temple dont les participants font trois fois le tour, un rituel qui sera répété à trois reprises pendant la journée.
Au cours de ce deuxième jour, les Hsang Long vont également rendre visite au village d’où il sont originaires. Les festivités se déroulent en effet dans des centres communautaires importants qui concentrent plusieurs dizaines de villages, des villages dont les habitants n’auront pas forcément le temps d’aller saluer leur “petit prince” d’une semaine.
JOUR 3
Le troisième jour commence comme le deuxième, à savoir toilette puis procession autour du temple, avec pour différence que les Hsang Long ne vont maintenant plus quitter le centre des festivités. Ils accueillent en effet les visiteurs qui sont venus les encourager dans leur démarche et offrent à ceux-ci une collation sur les tables dressées devant chaque cabine. En échange,n chaque visiteur se doit de déposer une enveloppe dans une urne prévue à cet effet devant la cabine (généralement quelques dizaines de Bahts).
La particularité est que si la deuxième journée est plutôt réservée aux familles, le troisième jour, toute personne de passage peut, si elle le souhaite, se faire offrir une collation à chacune des 85 cabines (il y avait 85 Hsang Long cette année !!). Je rappelle qu’aucun alcool n’est servi dans l’enceinte où ont lieu les festivités, au vu de cet usage il n’est pas difficile d’imaginer le résultat de 85 “dégustations” dont certains ne manqueraient pas de profiter.
Et toujours la même règle : ne RIEN faire, avoir un porteur à sa disposition dès que l’on souhaite aller quelque part.
Rendez-vous demain pour le quatrième et le cinquième jour.
26 Avril – Poi Hsang Long
Ce nom relativement difficile à prononcer pour un occidental désigne une série de festivités qui ont lieu chaque année au mois d’avril au sein des communautés Shan au Nord de la Thaïlande. Nous les avions manquées de peu au cours de notre passage dans la région de Mae Hong Son fin mars, j’ai pu assister “en coup de vent” à quelques préparatifs dans un temple Shan de Chiang Mai (le Wat Pa Pao pour ceux qui connaissent !) et un concours de circonstances nous a finalement permis de vivre pleinement cet évènement majeur le weekend dernier au cours d’un séjour à Wiang Haeng, un gros bourg montagnard à environ 160 km au nord de Chiang Mai.
Je reviendrai sur les raisons de notre séjour dans cette région dans un prochain billet, je vais pour l’instant faire appel à mes souvenirs encore récents pour essayer de décrire le plus précisément possible ce que j’estime être l’une des plus belles fêtes à laquelle j’ai eu la chance de pouvoir assister depuis que je vis en Thaïlande. Une fête d’autant plus belle qu’il n’existe ici aucune, mais alors AUCUNE motivation touristique et – un fait rare qui mérite d’être souligné – une consommation d’alcool quasiment nulle puisqu’aucune goutte de ce produit chimique n’est servie pendant cette période (du moins dans le cadre des cérémonies proprement dites !!).
Poi Hsang Long désigne la cérémonie au cours de laquelle les jeunes garçons de l’ethnie Shan deviennent moines, ou plus exactement ‘”moinillons” puisqu’ils sont généralement âgés d’une dizaine d’années. Les festivités durent en tout 5 jours et celles de Piang Luang auxquelles nous avons assistées sont, parait-il, les plus importantes de Thaïlande car elles se déroulent dans un haut lieu historique des Shans. Elles ont lieu tous les ans pendant le mois d’avril, c’est-à-dire pendant les vacances scolaires d’été, et leurs dates précises étant fixées par chaque communauté en fonction de critères locaux spécifiques.
JOUR 1
Les familles des Hsang Long (nom qui désigne les “pré-moinillons”) préparent ce qui sera leur demeure pendant les 5 jours des cérémonies. Il s’agit d’une espèce de cabine en bambou ouverte d’un côté et à l’intérieur de laquelle sont conservés tous les vêtements qui seront portés par le Hsgan Long pendant les festivités. Des tables sont dressées devant les cabines pour servir des collations aux visiteurs de passage.
C’est aussi ce 1er jour que le jeune garçon se fait raser le crâne et qu’il devient alors pleinement un Hsang Long. À partir de ce moment, il est considéré comme un petit prince et il n’a plus rien à faire, mais alors RIEN DE RIEN. Un ou plusieurs porteurs sont à sa disposition et le transportent sur leurs épaules dès qu’il souhaite aller quelque part (oui, même pour aller là !!).
J’imagine que certains jouent les “pourris – gâtés” et en profitent pour solliciter leur porteur très souvent, surtout si ce dernier est un oncle ou un parent qui l’a récemment contrarié ![]()
Une première procession autour du temple a lieu le soir du 1er jour, après quoi les Hsang Long et leurs familles vont passer la nuit dans leurs cabines respectives.
Bon, j’en ai déjà écrit pas mal, je vous propose donc de revenir demain pour le déroulement du deuxième et du troisième jours ainsi que d’autres photos.
24 Avril – Voyages à Lampun
Nouveau billet de la série “nos voyages en Thaïlande” avec aujourd’hui la province de Lampun (ou Lamphun, suivant la transcription phonétique du nom ลำพูน). Dans tous les cas, ça se prononce “Lame – Poune” et correspond au N° 7 sur la carte ci-contre.
Cette province fait penser aujourd’hui à la “petite sœur” de la grande Chiang Mai, au nord, et on ne s’y arrête que rarement, si ce n’est pour prendre de l’essence avant de reprendre la route vers le sud.
Nous-mêmes y sommes passés à de multiples reprises en allant vers / revenant de Chiang Mai et je dois avouer que si nous n’avions pas un ami qui y habite, nous n’aurions peut-être pas encore pris le temps de visiter cette province.
Notre séjour prolongé à Chiang Mai a donc été un excellent prétexte pour combler cette lacune, d’autant plus que c’est près de Lampun, plus précisément à Pa Sang, que nous sommes allés pour participer aux festivités de Songkran.
La ville de Lampun est surtout connue pour le temple de Haripunchai, vieux de 1300 ans, et qui porte le nom du royaume du même nom dont la fondation remonte aux environ de l’an 700 de notre ère. Une balade très agréable en plein centre ville agrémentée d’un petit marché de produits artisanaux adroitement aménagé sur une passerelle couverte qui franchit la rivière voisine (dont j’ai bien évidemment oublié le nom !!).
Autre site qui mérite le détour : le temple “Phra Phutthabat Tak Pha” (ou Wat Phra Phutthabat Tak Pha), à quelques kilomètres au sud de la ville de Pa Sang, au sommet d’une colline en latérite. Selon la légende, le Bouddha se serait arrêté à cet endroit pour se reposer et aurait déposé sa tunique mouillée sur une pierre pour la faire sécher. En repartant, les habitants du lieu ont constaté que la pierre avait gardé la forme de la tunique, d’où le caractère sacré du lieu.
D’autres faits historiques plus récents y sont également évoqués sur des fresques murales et par des statues, notamment la reconstruction du Royaume du Siam par le Roi Rama 1 et le repeuplement de la région nord.
Pour les plus courageux, un escalier de 469 marches* mène jusqu’à la chapelle proprement dite. Pour les autres, une petite route passe par l’arrière et mène jusqu’au sommet de la colline. Autre fait historique récent : certaines scènes du film Rambo II ont été tournées ici (ben oui, chacun ses références culturelles !!) et notre ami et guide, adolescent à l’époque, faisait partie des curieux venus des villages environnants pour assister aux prises de vue.
Un peu plus bas, une statue d’un vénérable qui a vécu ici et qui est mort centenaire. Selon la légende, l’arbre sous lequel il avait l’habitude de méditer a commencé à dépérir après son décès, jusqu’à ce que l’on y installe sa statue en grandeur nature, statue qui est devenue un autre lieu de recueillement.
Ce temple est un excellent exemple de ce que l’on peut trouver un peu partout en Thaïlande. Il ne s’agit pas d’un “simple” lieu de culte que l’on a construit d’après un plan d’urbanisme et parce qu’une loi quelconque impose un truc du genre une pharmacie pour 10 000 habitants, mais d’un endroit qui possède sa propre histoire, souvent passionnante, et c’est cette histoire qui est généralement à l’origine de la construction dudit temple. Chaque temple mérite donc que l’on s’y attarde un peu, et j’ai constaté que ceux qui se trouve à l’écart des autoroutes touristiques sont souvent parmi les plus intéressants.
Un peu avant la sortie, une nouvelle épreuve nous attend : après les 469 marches, il faut réussir à frapper les 3 coups sur un gong géant avec une masse que seuls les plus forts arrivent à manier. Le son émis par le gong est à la limite du seuil d’audition de l’oreille humaine.
* J’ai été distrait en montant et je me suis trompé en comptant : 435 marches seulement (dont 100 avec Naomi sur le dos !!). Je suis donc redescendu avec Maeva (pas sur le dos !!) et suis maintenant en mesure de confirmer : il y a bien 469 marches !!
3 Avril – Arrêt obligatoire
J’y faisais allusion dans certains de mes billets précédents, ils sont omniprésents sur les routes que nous empruntons pour rendre visite aux montagnards et se reconnaissent généralement par leur couleur majoritairement kaki assortie d’une barrière rouge et blanche en travers de la route, je veux bien évidemment parler des points de contrôle de l’armée thaïlandaise.
La province de Mae Hong Son où nous intervenons s’étend le long de la frontière entre la Thaïlande et l’un des pays les plus fermés de la planète : la Birmanie (ou Myanmar, comme l’appelle la junte militaire au pouvoir).
Cette frontière est plus ou moins bien matérialisée par des cours d’eau et des crêtes de montagnes, souvent au milieu d’une jungle épaisse, ce qui la rend difficilement contrôlable. Elle représente pour de nombreuses populations opprimées l’objectif à atteindre – et à franchir – pour trouver un semblant de liberté et son tracé est parsemé de villages de réfugiés, certains accueillant plusieurs milliers d’habitants. Mais elle est aussi depuis de nombreuses décennies le théâtre de trafics en tous genres : narcotiques, armes, animaux de contrebande, bois précieux, etc. sans oublier les êtres humains !!
Ces postes de contrôle militaires, certains permanents, d’autres mobiles, semblent donc parfaitement justifiés au vu de la situation et il faut souvent y présenter une pièce d’identité et indiquer sa destination. Sur les pistes de montagne et les routes qui se terminent en cul-de-sac ou mènent “de l’autre côté”, ils notent également les noms de toutes les personnes présentes dans le véhicule, le numéro d’immatriculation et demandent l’heure (ou le jour) du retour.
Comme d’autres, j’avais lu des récits et articles racontant des rencontres avec des “militaires corrompus” demandant un droit de passage aux volontaires individuels et aux organisations humanitaires (je ne citerai aucun nom pour éviter toute polémique) souhaitant se rendre auprès des réfugiés. À cela venaient se rajouter les histoires de certains voyageurs et autres aventuriers en mal de reconnaissance qui ont entendu parler de quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a vu un jour quelqu’un se faire rançonner par les militaires. Un peu l’histoire l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’éléphant blanc (il n’y a pas d’ours en Thaïlande !!).
Je n’ai pas la prétention d’affirmer qu’il s’agit ici de pure fiction, certaines des situations décrites sont peut-être bien réelles, mais en plus de quatre ans et des dizaines de passages à ces points de contrôle nous n’avons JAMAIS eu à verser le moindre droit de passage, bien au contraire.
Je me souviens de l’un de nos premiers passages par l’un de ces postes, il y a presque 5 ans. La route entre Tam Lod et Ban Huoi Haeng n’existait pas encore et il fallait environ 1H30 en 4×4 pour parcourir les 10 km de piste défoncée. Au retour, nous avions bifurqué vers Yapanae et Mae Lana, un village Shan où recommençait une bande asphaltée qui rejoignait la route principale menant à Mae Hong Son (voici la carte Google pour vous donner une idée de l’endroit, le point bleu représente Ban Huoi Haeng et nous avions rejoint la route 1226 par les pistes). Peu après Mae Lana, surprise, nous nous trouvons nez à nez avec un barrage militaire !!
Je crois que le planton qui nous a vu arriver n’a jamais vraiment compris comment nous étions arrivés jusque là, d’autant plus que nous n’étions pas répertoriés dans son registre et que nous étions supposés passer par son poste de contrôle avant de nous aventurer dans ce qu’il nous a décrit comme étant une zone dangereuse. Mais il nous a finalement laissé passer – avec le sourire !! – lorsqu’il a appris l’objet de notre voyage, à savoir apporter des fournitures scolaires à une école isolée.
2 autres expériences vécues :
Route vers Doi Tai Laeng, état Shan, voiture chargée de fournitures scolaires et de matériel médical. Des militaires thaïlandais un peu hésitants au début en apprenant notre destination, qui observent notre cargaison avec suspicion, puis qui deviennent tout sourire et nous saluent d’un énergique ‘”Thank You!!” après avoir obtenu l’autorisation de nous laisser passer auprès de leurs chefs. - Point non officiel de passage de frontière au nord du village de Ban Rak Thai pour rejoindre le village de réfugiés de Kong Mung Mong, dans l’état Shan. Là aussi voiture chargée de fournitures scolaires et de médicaments avec en prime un médecin français à bord. Le chef de poste nous accompagne et discute avec mon épouse. En repartant le deuxième jour, elle veut lui donner 500 THB (12 Euros) pour lui et ses hommes, mais il refuse et va jusqu’à nous rattraper pour nous les rendre.
Deux anecdotes parfaitement représentatives des contacts toujours extrêmement conviviaux et coopératifs que nous avons eu avec les militaires thaïlandais en poste à ces points de contrôles depuis plus de 4 ans. J’ignore si esprit de coopération est spécifique à cette région, mais nous avons cette fois encore pu ressentir la même impression de solidarité et de compassion de la part des hommes en uniforme envers leurs “cousins du mauvais côté de la frontière”.
Une réalité du terrain qui pourra aussi contribuer à rassurer nos donateurs quant à l’usage des fonds qu’ils nous confient : il n’existe aucun prélèvement “imprévu” entre eux et les bénéficiaires de leur générosité, un sujet (l’usage et la gestion des fonds) qui fera d’ailleurs l’objet d’un prochain billet.
31 Mars – Fin des vacances
Dernier jour de nos “vacances” dont voici encore quelques images
(cliquez sur les photos pour les agrandir).
Le gibbon : une espèce protégée qui peuple les forêts autour de Pang Mapha
Pendant une sortie en kayak : pause raffraichissement
Une mamie Lahu que nous rencontrons régulièrement au
“View point” entre Pang Mapha et Mae Hong Son
À l’école de Loi Tai Laeng :
certaines ne manquent pas une occasion de se faire remarquer.
Fraîcheur matinale à 1500 m d’altitude : 17 °C en plein été !!
Elle a ramassé une feuille de teck pour son herbier.
Malin ça, il va falloir trouver un herbier assez grand maintenant !!
Traduction “Google” que l’on rencontre régulièrement dans les guest-houses.
Deux semaines une nouvelle fois bien remplies et qui ont cette année été marquées par des conditions météorologiques réellement exceptionnelles, à savoir une température moyenne de 15-17 °C au petit matin avec des pointes de 25-28 °C à peine en journée, alors qu’en cette saison la tendance devrait plutôt être à 35-40 °C. D’autres photos de notre périple de ces 2 derniers jours >ICI<.
Nous n’avons cependant pas trop à nous plaindre par rapport aux régions du sud qui ont été placées en situation de catastrophe naturelle suite à des intempéries elles aussi totalement inhabituelles et où les bâtiments de la marine ont été récupérer les touristes bloqués sur les îles isolées par la tempête.








